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Voici quelques petits secrets de fabrication, sous forme de questions à l’auteur. Comment as-tu imaginé l’équipage de l’Epaulard ? Petit à petit, mais l’essentiel est venu pendant la navette qui part de Lorient pour aller à l’île de Groix. Il ne faisait pas très beau, i y avait du roulis, et on s’était réfugié, ma femme et moi, sur le pont inférieur. Du continent à l’île, la traversée dure une demi-heure environ. Ma femme sommeillait, un peu vaseuse, et je bouquinais « L ‘histoire générale des plus fameux pyrates » de Daniel Defoe. J’avais déjà décidé de décrire la vie d’un équipage de pirates de l’espace et l’idée m’emballait. Comme lire quand le bateau tangue n’est pas idéal pour l’estomac, j’ai pris un bloc-notes et je me suis mis à griffonner des silhouettes, à prendre des notes – j’écris des dizaines, des centaines de pages de brouillon que je tente ensuite de classer, sans vraiment y arriver. Je vous transmets cette page scannée, pour que vous puissiez avoir une idée. Le même week-end, à l’hôtel et à la terrasse de la librairie-café de Groix (que je vous conseille), j’ai pris d’autres notes. Le cadre était idéal pour trouver des idées de voyages au long cours. J’avais l’impression que le vent du large soulevait mon imagination. Comment est née la scène d’ouverture ? J’avais l’équipage, et le principe du récit en tête (l’époque des Grandes Découvertes et l’épopée des pirates des XVIe et XVIIe siècles appliquées aux futurs voyages dans l’espace). Il me manquait un personnage principal (qui n’existe pas sur la feuille de notes de Groix) et surtout une scène forte pour l’ouverture, les deux allant de pair. J’étais sur les remparts de Saint-Malo (je m’y balade au moins cinq ou six fois par an, surtout hors saison), et je regardais le large. Comme je lisais pas mal d’histoires de pirates et de voiliers à ce moment-là – des romans, des BD – j’ai imaginé les trois-mâts qui jadis devaient passer devant les remparts en quittant le port. Des gens devaient être à ma place, en train de les observer, et peut-être de rêver aux Amériques, qu’on venait de découvrir de l’autre côté, là-bas. Et puis d’un coup les remparts se sont retrouvés dans l’espace et j’ai vu cette fille regardant partir des vaisseaux filer vers des destinations lointaines. Je savais exactement ce qu’elle ressentait. Marine et Station Cézembre étaient nées. Quand et comment travailles-tu ? Comme j’exerce un autre métier (celui de journaliste), il me faut profiter de n’importe quel temps libre pour travailler sur le Cycle d’Eden. Mais le moment où je suis le plus efficace, c’est sans aucun doute le matin. Voilà pourquoi il m’arrive de me lever très tôt (à 5 heures par exemple) pour écrire sur mon ordinateur portable. J’écris aussi sur mes jours de congés, quand les enfants sont à l’école, ou le soir. Lorsque je travaille sur le premier jet de l’histoire, quand je me laisse emporter par l’histoire et les personnages, j’aime assez avoir un casque sur les oreilles, et de la musique en tête. Je privilégie de la musique anglo-saxonne (Bruce Springsteen, Patti Smith, U2, ACDC, Rolling Stones, Mark Knopfler, Muse …), car écouter des chansons françaises me gêne – c’est sûrement parce que mes connaissances en anglais sont insuffisantes. Ca ne veut pas dire que je n’aime pas certains interprètes francophones, au contraire, mais je les écoute à d’autres moments. Lors des relectures et corrections, je n’écoute rien. J’ai besoin à ce moment-là d’une concentration plus « mathématique »… ce n’est pas ce que j’apprécie le plus, mais c’est nécessaire. D’une manière générale, j’essaie d’écrire six jours sur sept, en m’accordant quelques jours de pause de temps en temps, et trois semaines de break l’été. Pendant ces « congés » je n’écris pas et je n’ai aucune obligation : j’ai du coup remarqué que les idées arrivaient en rafales – sans doute que les idées ont le goût de la liberté… Utilises-tu beaucoup de documentation ? Beaucoup. Pas pour trouver les idées : elles naissent en général dans mes temps libres, souvent pendant les vacances, et plus particulièrement en certains endroits propices aux rêveries. Je crois beaucoup en l’influence des grands espaces, des paysages qui inspirent de l’émotion. Il peut s’agir d’une dune devant l’océan, d’un port, d’un désert, du sommet d’une montagne. Mais j’amasse en parallèle des quantités de documents historiques ou de vulgarisation scientifique. Je suis à l’affût des nouvelles découvertes ou théories en matière de physique, d’astronomie, de biologie. J’essaie surtout de trouver les failles qui laissent libre court à l’imagination. La matière noire et l’énergie sombre en sont de bons exemples : j’aime m’engouffrer dans ce qui est pressenti mais non décrit. Les mystères de la science sont du pain béni pour les romanciers. Tu cites parfois des extraits de poèmes ayant trait à l’espace. D’où viennent-ils ? Je trouve que les images en provenance de l’espace, notamment les photographies du télescope Hubble, sont comme ces grands paysages terrestres découverts lors de mes voyages : ils ouvrent des portes à la vue, des boulevards à l’esprit, des horizons à l’imaginaire. Et je n’ai rien trouvé mieux dans mes lectures que la poésie pour refléter ce qu’inspirent ces découvertes – et ce qu’elles inspireront peut-être un jour pour de vrai, pas seulement par l’intermédiaire de télescopes, aux voyageurs de l’espace. Je tente parfois de vous faire partager ces émotions à travers des extraits poétiques. Certains proviennent de mes lectures (Arthur Rimbaud par exemple), beaucoup d’un ouvrage remarquable : Les poètes et l’univers, de Jean-Pierre Luminet (un astrophysicien) aux éditions Cherche Midi. A l’origine, chaque chapitre des Enfants d’Eden était pourvu d’un exergue poétique, mais ces citations placées au début des chapitres rallongeaient au final beaucoup trop les tomes. Il a fallu se contenter de quelques rares extraits. En voici quelques autres tirés de la première version du manuscrit de Marine des Etoiles Lien Poésies Vous avez vu l’heure ? J’ai assez parlé pour l’instant. Si vous désirez savoir d’autres choses, faites un tour du côté des « indiscrétions » dans les « bonus » ou postez vos questions par mail via le « courrier des lecteurs ». J’essaierai d’y répondre… Loïc Le Borgne. |
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