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Prologue : le Prince du Vide


Je suis l’ombre de l’ombre. On me dit fou et je le crois bien volontiers, mais qui du fou ou du sensé préside aux grandes destinées ?
Je suis sombre entre les sombres. Il est des souffrances dont on ne peut se défaire. Les serpents muent mais j’ai gardé toutes mes peaux, c’est une question de ténacité.
Il n’est pas de pitié en ce monde. Pas de beau, pas de laid, juste le règne de l’obscurité.
Les jolies choses finissent toujours fanées. Je crois en la Loi du Plus Fort. Je crois en la peur de la Loi. Et c’est la douleur qui règne sur la peur. Je l’ai toujours su. Ma chair l’a toujours su.
S’il est des pénombres, je veux être la Nuit. Je hais ce qui croît, bouge et remplit. Car le cycle est immuable : ce qui grandit bientôt nourrit, aime et vit, meurt, fertilise d’autres vies.
Quand sur les terres brûlées poussent des blés, je viens. Je coupe, tranche, fauche, moissonne. Je suis le Prince du Vide.
Il ne peut y avoir de succession car du descendant et de l’ancêtre naissent l’Histoire. Il faudra moissonner, elle et ceux qui l’entourent.
J’arrive dans mon aura de douleur.