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Au coeur de la bataille
- Vous aurez à faire face à des Archanges, Red. Méfiez-vous de leurs flèches ! prévint le Phasme. - Tige, je suis un peu plus vieille que ton capitaine. Les vaisseaux qui vont affronter les Archanges ont protégé leurs parties sensibles. Et puis les Archanges ne sont pas forcément les pires. Les Gun-Battle et les gladiateurs de l’Empire sont intéressants aussi. - Il n’y a pas de vaisseaux de la Ligue ? s’étonna Marine. Raja se fendit d’un sourire ironique. - Tu trouves qu’ils ne sont pas assez nombreux, petite ? Quand t’auras vingt drakkars aux basques décidés à percer le ventre de ton Epaulard, tu ne penseras plus aux Escadrilles. - Vingt drakkars ? Je n’en vois pas sur les écrans. Tige désigna le secteur L406 sur une carte holo. - Une nef peut en contenir jusqu’à cent, Marine. La Ravageuse est le plus grand vaisseau de l’Empire. Plus de quatre fois la taille de l’Epaulard. - Et six fois celle de la Rascasse, dit Raja Red. Une nef, c’est pas un vaisseau, c’est une citadelle. On va pas essayer de l’attaquer, faudrait vingt vaisseaux de guerre en supplément pour ça. A moins de les sortir des boyaux de Ventre-Face, je les ai pas. - Alors tournez autour de la nef en gardant vos distances, suggéra Tige. Soyez désagréables et tenaces, comme les moustiques sur Fort Alligator. - Facile à dire, mon bon Tige ! Nous lancerons l’attaque dans treize minutes. ***
Les missiles balistiques et les torpilles filèrent dans le sillage des lasers et des langues de plasma. Louvoyant pour éviter les salves, les drakkars, caravelles et marsouins verrouillèrent leurs systèmes de tir sur les proies les plus vulnérables. Agiles et opportunistes, les scooters, space-surfs et les plates-formes pirates fondirent sur les cargos mixtes, plus faciles à aborder. Les vaisseaux d’abordage – flûtes, galiotes, corvettes ou frégates pirates – propulsèrent des câbles longs de plusieurs centaines de mètres, dont les extrémités étaient équipées de vérins fusionnels. Puis, protégés par des combinaisons à microréacteurs, des centaines de pirates se jetèrent sur les fantassins de la Royale et de la Légion. L’Epaulard s’enfonça au cœur du chaos, boucliers déployés, armes en action. Marine n’avait plus peur, accaparée par les multiples décisions à prendre, toujours dans un laps de temps très court. Il fallait agir en fonction des informations fournies par l’IA, des initiatives de Tige, des signaux d’alerte des tableaux de bord, des remarques des artilleurs dans les postes de combat. La guerre spatiale réelle n’avait rien à voir avec un jeu vidéo. C’était un ensemble complexe de données à gérer, d’ordres à donner, de situations à anticiper. Un capitaine devait devenir une sorte d’IA dans les situations de crise, capable de traiter des centaines d’informations à la fois sans perdre son sang-froid, en utilisant de surcroît une faculté qui faisait défaut aux IA : l’intuition. La bataille de Nova Roma ne fut pas la plus grande de la décennie 4010 – on en vit d’apocalyptiques dans les années qui suivirent – mais elle marqua les esprits. De mémoire d’Humano, d’Archéo et de Xéno – à l’exception de quelques êtres extraordinaires qui avaient la réputation de ne jamais mourir – il n’existait pas de précédent. Il fallait se plonger dans les archives et remonter plusieurs siècles d’histoire pour trouver trace de pareils soubresauts, jusqu’à l’époque lointaine où les Ilots n’avaient pas encore intégré le Socle. Cette bataille spatiale fut aussi la première d’une longue série. Après Nova Roma, le Monde commença à changer. Il entra dans une phase mouvementée. |
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