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2e entretien, 05-02-4026
![]() Oulim Nitnit, reporter (O) - Bonjour, ça va ce matin ? Marine Magellan (M) - Bonjour, Oulim. Ca va très bien. Vous voulez encore me poser des questions aujourd’hui ? Hier n’a pas suffi ? O : - Non. Et je crois que même aujourd’hui ne suffira pas. M : - Nous avons trois entretiens ensemble, c’est cela ? O : - Oui, c’est ce qui est convenu. M : - Dans votre reportage, vous ne répéterez pas tout ce que j’ai dit ? O : - Non, ce serait trop long. Et puis il y a des choses que vous m’avez demandé de ne pas dire. Mais cet entretien est enregistré, il sera mis de côté et ne sera pas disponible tant que vous ne l’aurez pas autorisé. M : - Très bien. On commence par quoi ? O : - On continue sur votre enfance, sur vos premiers contacts avec l’Epaulard et son équipage... M : - OK. Que voulez-vous savoir ? O : - Nous avons parlé hier de votre père, et nous avons dérivé vers votre mère. M : - Oui, on s’est un peu éparpillés. Vous allez synthétiser tout cela, n’est-ce pas ? O : - Ne vous inquiétez pas. Je remettrai les choses en ordre. M : - Bon, je vous confiance. J’ai bien aimé vos articles sur les holocaustes xénos, quand le mémorial phasme a été inauguré. Ceux sur le retour à la maison des Gargantuas aussi. Vous savez mettre les clichés de côté et juger les êtres tels qu’ils sont, non pas comme ils paraissent. O : - Merci. Ce n’est pas trop difficile, j’ai été élevé sur une planète des Brisants. M : - Oui, Céliande. On m’a fourni une fiche sur vous, bien entendu. Et l’une des rares choses que je regarde, c’est d’où viennent les gens. Ce doit être une planète formidable, j’espère y aller un jour. O : - Elle est très belle, je vous l’assure. Hum… Vous disiez que vos sentiments, avant que vous n’appreniez qu’Orca était votre père, étaient très contrastés envers lui. Quand avez-vous réellement compris qu’il l’était ? O : - Si vous avez lu le récit de Rose, vous savez que c’est quand j’ai vu la photo, au fond du lit clos. M : - Vous ne vous en étiez vraiment pas rendue compte avant ? O : - Non, je n’avais pas réalisé. Je croyais que c’était un oncle. C’était une bonne explication, d’ailleurs. Il était proche de moi, tout en gardant ses distances. Il me parlait en particulier, mais en cachant beaucoup de choses, ou en ne prenant pas la peine de les révéler. C’est ce que font les oncles avec leurs nièces, non ? (Elle réfléchit) Pourtant, avec le recul, je me dis que ça semblait évident…Mais c’était compliqué : il était malade, il avait peur moi, il avait peur de ma réaction, de ce que je penserais de lui, de la manière dont je le jugerais. O : Pour vous avoir laissée au couvent… M : - Oui. O : - Et comment l’avez-vous jugé pour cela ? Comment le jugez-vous aujourd’hui ? M : - C’est une question très difficile, vous savez… (Elle se tait) A l’époque, je ne lui en ai pas voulu. Ma mère lui avait demandé de me protéger à n’importe quel prix. Il a fait ce qu’il jugeait bon. Pour cela, je ne peux lui en vouloir. O : - Mais ? M : - Mais ce n’était peut-être pas la bonne solution. Je ne lui en veux toujours pas, mais je pense qu’il s’est trompé. J’aurais préféré rester avec lui, malgré les risques. J’aurais même préféré mourir avec lui plutôt que de me retrouver dans ce couvent, vous comprenez ? O : - Je n’ai pas été dans cette situation… M : - Si j’avais une fille ou un fils – il se pourrait que j’en aie bientôt, sait-on jamais ! – je ne prendrais pas la même décision que mon père. Je crois que je prendrais le risque de garder l’enfant. Pas pour moi, pas par égoïsme, mais pour lui. Le prix à payer dans ce couvent était trop lourd. Je préférerais qu’il risque gros, et croyez-moi pour une future mère, même éventuelle, ce n’est pas facile de dire cela. Je crois que séparer pour protéger n’est pas forcément la bonne solution, sauf si la mort de l’enfant est inévitable – en cas de famine par exemple. J’espère que je n’aurai jamais de décision de ce genre à prendre. Et pour cela en réalité, je ne peux juger mon père. Je n’ai pas connu cette situation, je n’ai pas eu à faire ce choix. Peut-être a-t-il souffert beaucoup plus que moi de notre séparation. Il avait déjà perdu ma mère avant… O : - Quand vous avez trouvé la photo, vous avez compris sur-le-champ ? M : - Oui. Comme quoi je m’en doutais. Ca a été comme un déclic. J’ai compris que ses histoires d’oncle étaient des fariboles, que la rencontre qu’il me promettait était en train de se produire. Il était si sûr de lui quand il me disait que j’allais bientôt rencontrer mon père ! O : - Et votre sentiment à cet instant ? M : - Pendant une seconde, j’ai voulu déchirer la photo. Je vous rappelle que ma relation avec Orca était singulière. Je l’admirais et en même temps il m’énervait, parfois. Je peux même dire que je le détestais à certains moments. Mais après tout, les adolescents sont souvent très énervés par ceux qu’ils aiment, y compris leurs propres parents. Ils trouvent les adultes trop lents, trop hésitants, trop tordus. C’est ce que je pensais d’Orca. Je trouvais qu’il ne me faisait pas assez confiance, qu’il dirigeait ma vie sans me demander mon avis, qu’il ne m’écoutait pas assez. Toutes ces choses… Peut-être est-ce ce que toutes les filles de douze ou treize ans pensent de leur père, non ? O : - Ca y ressemble, je crois… M : - Vous avez des enfants ! O : - Deux filles, mais plus jeunes que vous à cette époque. M : - Vous me direz dans quelques années si j’avais raison ! Mais peut-être qu’au fond j’avais deviné, même si je voulais pas l’admettre. O : - Ce n’est pas l’image que vous vous faisiez de votre père ? M : - Aïe, vous avez vraiment le don de poser des questions horribles. Non, ce n’était pas exactement l’image. Orca était malade, un peu enrobé, bourru. O : - C’était quoi, l’image idéale ? M : - Un homme dynamique, musclé, mince, qui faisait plus jeune. Il aurait été souriant, drôle, fort, tonique. O : - Votre description me rappelle quelqu’un… M : - Pas votre père, quand même ! (Elle sourit) Et pas Shark. Il n’est pas si musclé que cela, il est irrévérencieux et il est trop téméraire pour être père ! O : - Non, John Callaghan (Le regard de Marine s’assombrit). M : - J’ai été très peinée à la mort de John. O : - Vous parlez souvent de lui en termes élogieux. Pourtant, il vous a trahi. M : - Ah… on peut trahir et se racheter, c’est ce que je crois. On a tous le droit à l’erreur. John s’est racheté. Il a payé plus qu’aucun de nous lui aurait demandé. Alors je peux parler de lui en terme élogieux. O : - Cela signifie que vous étiez profondément attachée à lui avant de savoir qu’il vous avait trahis. M : - C’est vrai. Il était grand, fort, jeune – mais trop vieux pour m’attirer vraiment, au sens amoureux du terme. Il avait de l’humour. Il était un peu comme un grand frère. Il m’a appris à piloter un space-scooter, il m’a fait découvrir le spaceball. C’était un chic type. O : - Vous avez été déçue quand vous avez appris sa trahison ? M :- Triste, plutôt. Et l’histoire de Melrine, sa fiancée de Santiago, m’a rendue encore plus triste. Aujourd’hui, je me dis que ce genre de chose peut arriver à n’importe lequel d’entre nous. Nous sommes forts pour nous-mêmes, mais bien faibles quand il s’agit de ceux que l’on aime. Le problème, c’est que les tyrans le savent. Ils utilisent ces belles choses pour tirer des mauvaises choses des gens. Ce sont eux qu’il faut blâmer, pas leurs victimes. Quand j’ai compris l’histoire de John, j’ai vraiment détesté les Puissances. J’ai été fermement convaincue qu’il fallait les abattre. En ce sens, la trahison de John n’a pas été vaine. Et au bout du compte, ce sont peut-être les Puissances qui ont perdu. Leur piège nauséabond s’est refermé sur elles. Je suis une optimiste de nature, et je crois que ceux qui jouent avec le feu, c’est à dire avec le cœur des gens, finissent un jour par payer. Un tyran qui voudrait durer devrait comprendre ce genre de chose. O : - C’est une recette pour eux ? M : - (sourire poli) On ne sait jamais, et si vous aviez raison ? Enlevez donc cette dernière phrase ! Je crois que les tyrans ne sont pas intéressés par ce que je dis, mais sait-on jamais… (elle réfléchit puis hausse les épaules) Oh, après tout, mieux vaut savoir à l’avance ce que peuvent penser des tyrans intelligents ! Ce sont les plus difficiles à déloger… Vous pouvez garder la phrase. O : - Quand John est mort, vous avez eu de la peine ? M : - C’est une question intéressante. Là encore mes sentiments étaient contradictoires – je crois qu’en vérité, nos sentiments sont souvent contradictoires, personnellement je suis rarement convaincu de ce que j’avance. Tenez, si je réfléchis quelques secondes à cette phrase, celle que je viens de dire, là, je me demande si j’ai bien fait d’ouvrir la bouche. C’était si facile à prononcer ! Mais suis-je vraiment certaine de ce que j’ai dit ? O : - Vous avez été sincère. M : - Voilà : c’est ce qui compte. C’est pour cela que mes réponses à vos questions sont peut-être un tant soit peu intéressantes : je réponds vite, sincèrement. Ce sont les premières idées qui me viennent à l’esprit. Même si elles sont contestables, elles en disent long sur moi. C’est ce que vous vouliez, n’est-ce pas ? O : - Exactement. M : - Vous faites votre boulot, c’est bien. Vous parliez de John ? O : - Avez-vous eu de la peine quand il est mort ? Ou quel sentiment ? M : - J’étais triste qu’il soit mort, parce que c’était un ami. Mais aussi heureuse qu’il soit mort ainsi, « en héros » dirait-on de manière assez banale. J’étais contente qu’il se soit racheté. Et j’étais intimement convaincue qu’il retrouverait sa Melrine, ailleurs. A cause de son amour et à cause de son rachat. Il n’y avait pas de doute là-dessus. O : - Vous n’étiez pas satisfaite qu’en tant que traître, il paie ? M : - Pas du tout. J’étais triste. Très triste, et heureuse un peu, c’est tout. Je n’ai pas eu de haine envers John, et je n’ai pas ressenti de soulagement quand il est mort. O : - Vous me dites ça maintenant. Mais c’est peut-être parce que vous avez compris après, sur Libertalia, qu’il travaillait en réalité pour l’IAO. M : - Je ne mélange pas tout. Je vous parle de sa mort, et à ce moment-là je croyais réellement qu’il nous avait trahis. Vous avez dit qu’on parlait de cette époque, pas de Libertalia… O : - Nous sommes d’accord. J’ai bien compris : jamais vous ne l’avez détesté, ou méprisé. M : - Jamais. Tout simplement parce que je ne savais pas comment j’aurais agi à sa place. O : - Et maintenant, vous le savez ? M : - Non. J’aurais sans doute tenté d’oublier la douleur, de me raisonner. Mais ce ne sont que des mots. O : - Pas seulement. Vos parents sont morts. M : - C’est vrai. Mais je n’aime pas juger les autres. J’aimais bien John, c’est tout. C’était un membre de mon équipage. O : - Vous êtes quelqu’un de fidèle. M : - Ca, je crois qu’on peut le dire. Je crois en l’importance de ces choses. Particulièrement quand il s’agit d’amitié. O : - En réalité, vous avez compris par la suite que John ne se rachetait pas, puisqu’il travaillait pour l’Oeil bleu. M : - Non, c’est plus compliqué que cela. Ceux qui pensent que les vérités sont simples se trompent quand il s’agit d’humains. C’est ce qu’a dit l’Oeil Bleu, sur Libertalia : les humains sont très complexes. Je crois que John a accepté de nous trahir pour parvenir à l’objectif voulu par l’Oeil Bleu : amener Skykiller jusqu’à Libertalia dans notre sillage. Mais John nous a bel et bien trahis. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’a pas accepté de faire semblant de nous trahir. Non, il a accepté de nous trahir. C’est tout. Il a accepté de devenir un paria pour une cause supérieure : la réconciliation des Archéos et des Humanos, promise par l’Oeil bleu. O : - Comment s’y est pris l’Oeil bleu pour le convaincre ? M : - Plus tard, j’ai su par Tige que l’Oeil bleu avait transmis à John des données sur sa nature et son rôle, c’était succinct mais il y en avait assez pour que ce soit convaincant. O : - John tenait plus à la réconciliation entre Archéos qu’au lien d’amitié qui vous unissait ? M : - Pas seulement. Sa cause était supérieure à notre amitié, mais aussi à sa propre dignité. En réalité, ce n’était d’ailleurs pas cette cause qu’il défendait avant tout. A travers elle, c’était la mémoire de Melrine qu’il défendait. Il ne voulait plus rien d’autre que la retrouver. Le reste était pour lui devenu anodin. C’est beau et triste à la fois. O : - Vous faites souvent des commentaires de ce genre… M : - Ah ? C’est parce que les choses se définissent rarement par un seul mot. L’humain est si complexe… O : Nous n’avons pas parlé de Rose. Et j’aimerais que vous me disiez un mot de Little T. M : - Avec Little, ça n’a pas été facile au début. Il était très méfiant. Il adorait Orca, et il avait un peu l’impression que je piquais sa place. Il avait beaucoup de complexes aussi, en tant qu’androclone. Aujourd’hui, il est difficile de comprendre cela parce que les mentalités ont beaucoup changé. Mais à l’époque, les androclones étaient vraiment méprisés par la plupart des êtres intelligents, y compris des Xénos. On a retrouvé une vieille histoire dans les archives, ici. Elle raconte l’histoire d’un pantin de bois qui voulait devenir humain. Vous la connaissez ? O : - Non M : - Faites-moi penser à vous donner les références avant de partir. C’était un peu l’histoire de Little. Il rêvait d’être plus humain. A cause de nous, il n’avait pas compris que ce ne sont pas quelques os de fibrocorail et quelques fragments de chair qui font la différence. Il n’avait pas compris l’essence de l’humanité. Il l’a compris quand nous l’avons compris. Little T, en tant qu’androclone, est un peu notre image dans un miroir. Si nous nous attachons au paraître, alors on souffre en se regardant et Little ne s’aime pas. Quand nous avons vu l’essentiel, il s’est accepté. O : - Vous le voyez toujours ? M : - Très souvent. Il n’est pas loin d’ici. O : - Finalement, vous vous êtes vite attachée à lui. M : - Nous avions les mêmes aspirations, les mêmes rêves. Et nous étions en décalage avec le monde. On se sentait différents, et pas vraiment aimés. On avait souffert tous les deux d’une grande solitude. Au début, nos solitudes se sont heurtées, parce qu’on s’habitue à une certaine tranquillité. Puis nous nous sommes rapprochés. Aujourd’hui il me manque quand on s’éloigne. O : - Et Rose ? M : - Ah, Rose ! Rose n’a jamais été autre chose qu’un mystère. Une voix jaillie de nulle part, comme ces bribes d’émissions antiques qu’on capte parfois dans le cosmos. Rose était un passé, mais un passé oublié, troué comme un vêtement mangé par les mites. Pour moi, elle était quelqu’un de vénérable mais aussi une personne un peu folle. Et parce qu’elle était un monument, j’aimais bien la titiller – pas au début, mais c’est venu assez vite. On aime effriter les vieux cailloux quand on a entre douze et dix-huit ans ! O : - Vous aimez toujours, il me semble ! M : - Bah, il faut pas croire tout ce que disent les médias ! O : - Il nous reste peu de temps, alors parlez-moi en quelques mots des autres membres de l’équipage. Lady Blue, les mécanos, les frères Siam. M : - En quelques mots ? Mais j’ai passé tant de temps avec eux ! O : - Bon, mais votre collaborateur m’a dit que vous aviez un rendez-vous important à seize heures. M : - Il a menti, c’est parce que je dois aller sur la côte ouest. Comme nous appareillons après-demain, je n’ai plus que ce créneau pour m’y rendre. Je dors là-bas ce soir et je rentre demain matin. O : - Alors il nous reste peu de temps… M : - Je vais essayer. Lady Blue, c’était un rêve. Un rêve dans son chapelet de bulles. Quand je l’ai vue, j’ai cru que je rêvais. Quand elle m’a parlé – je veux dire quand elle m’a dit des choses essentielles – c’était en rêve. Lady Blue ressemblait à Little T mais avec un esprit plus mathématique : celui de la navigatrice. Elle était plus solide que Little T, aussi. Et très intelligente. O : - Les mécanos ? M : - Ils étaient drôles. C’est la première chose qui m’est venu à l’esprit quand je les ai découverts. Leur corps en forme de poire, j’en ris encore ! Mais ils étaient rudement calés en mécaniques, et très durs au travail. Je les ai vus travailler six jours d’affilée sans prendre plus d’une heure de repos par jour. Pourtant, ils n’étaient pas insensibles à la fatigue. Et leur travail était très ingrat. Je les admire pour cela. Ils étaient très courageux. O : - Les frères Siam ? M : - Des fidèles à toute épreuve. Des gens discrets, un peu mystérieux. Ils avaient leurs coutumes, leurs souvenirs, leurs idées, mais n’en parlaient que très rarement. Les frères Siam étaient altruistes. Et bien sûr, d’incroyables combattants. A côté, je suis raide comme un canard ! O : - Eh bien j’imagine leur niveau alors ! M : - Si vous ne les avez pas vus à l’action à l’époque, vous ne pouvez imaginer ! Vous allez rire mais je vais encore faire une double description : c’était beau et terriblement violent à la fois ! Par violent, je ne veux pas dire sanglant ou sadique, je veux dire efficace, implacable. Ils infligeaient le minimum de souffrance à l’ennemi, mais sans lui laisser la moindre chance. A cause de cela, ils avaient un côté terrifiant malgré leur look étonnant. On hésitait beaucoup avant de les envoyer au combat, et on leur donnait mille recommandations. L’avantage, c’est ce que si on leur disait « blessures légères mais paralysantes », ils obéissaient à la lettre. O : - Chat-Lune ? M : - Un sacré personnage ! A cause de son physique trompeur d’abord : en voyant un chat, les enfants s’attendent à un animal doux, familier, qui ronronne quand on le caresse. Mais le chat a ses côtés mystérieux, et Chat-Lune battait des records de ce côté-là. Dès le début, la couleur de son pelage, ses antennes et ses yeux m’ont un peu inquiétée. Tout à coup, quand il vous regarde, vous vous sentez comme une petite souris. Chat-Lune était très étrange et un peu inquiétant, et cette impression ne m’a jamais quittée. Je sais toute sa valeur bien sûr, mais je défie quiconque de regarder un chat de Psy-Roca dans les yeux sans éprouver un sentiment de malaise ! Bon, il faut reconnaître que ses compétences nous ont été très utiles, et qu’il avait un humour froid et grinçant qui m’amusait parfois beaucoup ! O : - Athéna XII ? M : - Athéna ! J’ai retrouvé une vieille expression pour la définir. On disait autrefois d’un humain un peu coincé qu’il avait un balai où je pense… vous voyez où ? Bon. Et bien Athéna, même si elle n’était pas pourvue de ce que je pense, avait bien le balai, et pas un petit balai ! Elle était tellement rigide qu’on en riait beaucoup, surtout Chat-Lune avec son humour glacial – même si lui aussi était assez susceptible. O : - C’était une vieille mégère ? M : - Très mégère. Mais attention : une sacrée pro. Elle a réussi à la perfection la greffe du bras artificiel de Callaghan. Et puis dans le fond, elle était adorable. Elle s’est vraiment bien occupée de mon père, surtout à la fin. Elle se faisait beaucoup de soucis pour lui. Elle était perfectionniste et se sentait coupable de ne pas arriver à le soigner. Elle s’en est voulue très, très longtemps. Je lui répétais qu’elle n’y était pour rien, mais elle croisait ses quatre bras et s’éloignait en silence. Avant de la rencontrer, je ne pensais pas qu’une machine pouvait être aussi sensible, aussi… humaine. On en revient au problème de tout à l’heure, avec Little. O : - Et nous allons arrêter là. On va continuer demain ? M : - D’accord, merci d’arrêter à l’heure, j’ai vraiment envie de revoir la côte ouest. J’aime y revenir régulièrement. O : - Je vous comprends ! M : - Vous avez un endroit fétiche, vous aussi ? O : - Une côte ouest aussi, mais sur une autre planète. M :- (Elle hoche la tête et me regarde, un demi-sourire aux lèvres). De quoi allons-nous parler demain ? Je vais tenter d’y penser un peu avant qu’on se retrouve. O : - Des Abysses et des Mines de Matière Noire. Et aussi des Nouveaux Rivages. Et puis de ceux qui à l’époque vous ont causé des ennuis : Razor et Skykiller. Et puis on parlera de Libertalia, bien sûr. M : - Un vaste programme ! Je vais peut-être prévoir des sandwiches. A demain, bonne soirée. O : - Merci, bon voyage. |
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