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3e entretien, 06-02-2026
![]() Oulim Nitnit, reporter (O) : - Bonjour, heureux de vous revoir. Marine Magellan (M) : - Bonjour. O : - Votre séjour s’est bien passé ? M : - Très bien, mais c’était court, très court. J’ai toujours en peu le cafard quand j’en reviens. Et là, je sais que je m’absente pour longtemps. Ce n’est pas la première fois, mais partir est aussi à la source de sentiments contradictoires : l’excitation à l’idée de ce qui vous attend, et une certaine tristesse de quitter des endroits, des gens qu’on aime. Enfin, vous connaissez ces choses là… O : - Je vous comprends très bien. C’est préoccupant et grisant à la fois. M : - Exactement (elle rit mais pas aux éclats). Vous le savez d’autant mieux qu’ici vous êtes loin de chez vous ! O : - Pas si loin. Cet endroit ressemble beaucoup au mien. A la côte ouest de Céliande. M : - Nous avons tous les deux beaucoup de chances. Où en étions-nous ? O : - A l’équipage de l’Epaulard. Il y a quelqu’un dont nous n’avons pas beaucoup parlé. M : - (Elle fronce les sourcils). Ah ? J’ai pourtant l’impression d’avoir parlé de tout le monde… O : - Pas de vous. M : - Moi ? Bah, c’était le moins important des membres de l’équipage ! Pas bonne à grand chose quand elle est arrivée. O : - Mais avec le temps, ça a changé. M : - Peut-être… O : - Qu’est-ce qui a changé le plus ? Je veux dire en vous ? M : - Ouh là… Voilà encore une question difficile… Vous me demandez encore de répondre en quelques mots ? O : - Allez, vous avez le droit à quelques phrases… M : - (Elle sourit mais son regard est ailleurs). Et bien… Quand je suis arrivée, après le couvent, je vous ai dit que j’étais assez renfermée, du fait de la solitude dont j’avais souffert. Mais je crois que sur ce plan, j’ai changé assez vite. Je n’étais pas renfermée par goût, pas nature, mais par nécessité. Enfin, c’est ce que je crois, hein ? Je ne suis pas psy ! O : - J’ai l’impression que vous avez quand même quelques dons de ce côté-là... M : - Pour être capitaine, on est obligé ! Si vous ne sentez pas l’état d’esprit de vos compagnons, vous risquez des ennuis… O : - Avec eux justement, vous vous êtes épanouie ? M : - Je n’attendais que ça : m’ouvrir aux autres. Et on peut dire que les pirates, et l’environnement dans lequel on vivait, ont tout fait pour cela. Ils étaient chaleureux – enfin un bon nombre d’entre eux –, on vivait dans un espace confiné même s’il était assez spacieux et agréable, on faisait face à des aventures parfois angoissantes, on allait vers de nouveaux horizons, quelque chose qui était… oui, grisant – c’est le mot que vus avez employé, vous aviez parfaitement raison ! O : - Mais vous avez dit que vous n’étiez pas, en quelques sortes, prédestinée à restée renfermée... vous pouvez clarifier? M : - En fait, je ne pense pas que j’étais renfermée. Simplement, je me protégeais des sœurs, très envahissantes. Un peu comme un adolescent se protégerait de parents trop présents, trop collants. Je m’étais une sorte de bulle de sécurité, d’intimité. Mais cette bulle était une construction, pas un phénomène naturel, et je n’espérais qu’une chose en réalité : la voir disparaître. Je me sentais prisonnière de cette bulle, de ce couvent. Je tentais parfois de m’en échapper, par les livres, les archives. Je voyageais par procuration. O : -Les autres filles étaient-elles comme vous au couvent ? Attendaient-elles leur « libération » ? M : - Pas vraiment. Nous en revenons au même point qu’avant-hier : elles étaient là depuis leur sevrage. Ce qui faisait la différence, c’était peut-être ces trois années passées avec mes parents, même si je n’en avais aucun souvenir. Enfin, je ne sais pas, ce n’est peut-être pas du tout ça… Mais ce qui est vrai, c’est que mes parents étaient des gens très, très ouverts. Toujours curieux, toujours en mouvement. O : -Comme vous maintenant. M : - Comme moi depuis le moment où j’ai accepté de suivre le capitaine Shark, vous voulez dire (elle rit) ! Ma bougeotte ne date pas d’aujourd’hui ! O : - C’est vrai. Donc, vous vous êtes épanouie ? M : - Un peu trop même, je crois, d’après mes compagnons. Non, je plaisante, mas ils m’ont dit que j’avais commencé à plaisanter, à rembarrer. Au début, je ne parlais pas beaucoup, et aujourd’hui, vous avez vu, je suis intarissable ! Ce n’est vraiment pas judicieux de parler de soi aussi longtemps. O : - C’est moi qui vous le demande… M : - C’est donc vous qui serez pendu ! On parle encore de moi ? O : - Oui, dites-moi encore ce qui a changé. A un moment, d’après ce que j’ai lu, vous êtes devenue capitaine. Pas seulement dans les faits, mais surtout dans votre tête. M : - Oui, c’est la mort de mon père qui a tout déclenché. J’ai eu l’impression qu’il m’avait confié une mission, que je devais la mener à bien pour qu’il ne soit pas mort pour rien. Alors j’ai pris les choses à bras le corps. J’ai mis de côté ma timidité, mes hésitations. Enfin pas tout à fait, mais Tige était là pour m’épauler. J’étais tout de même très effrayée par toutes ces responsabilités, et je dormais mal. Mais je me disais que c’était mon devoir. Et certaines choses me tenaient vraiment à cœur. O : - Quelles choses par exemple ? M : - Orca m’a convaincu qu’on pouvait changer le Monde en trouvant l’Oeil bleu. Et tout autour de moi me poussait à vouloir changer ce Monde. La manière dont étaient traités les pirates, et surtout les Archéos, que j’ai découvert dans les Nouveaux Rivages. Et même non nombre de gens dans le Socle. Il y avait aussi les Xénos, les androclones. A un moment, Skykiller nous a traités de « bande de ratés » sur Libertalia. C’était très révélateur : il ne s’était pas rendu compte – et toutes les Puissances ont fait erreur – que les « ratés » étaient devenus la majorité. Elle était silencieuse, mais c’était une majorité. O : - Donc, vous étiez convaincue qu’il fallait changer les choses… M : - Oui. A douze ans et demi, c’est une chose dont on se convainc assez vite. Après souvent, quand l’adolescence passe, on oublie. Mais à la différence de beaucoup de jeunes gens, on m’a donné une chance d’y arriver : la barre de l’Epaulard, et la quête de l’Oeil bleu. O : - Mais vous avez su la saisir, cette chance… M : - Quand je suis partie avec Shark ? Oui, c’est vrai. Il faut savoir saisir sa chance, et on n’a pas beaucoup de temps pour se décider en général. Ce n’est pas forcément un câble qui tombe d’un vaisseau, mais il faut garder l’œil ouvert, et attraper la chose qui passe. Mais là, on dirait que vous me poussez à donner une leçon de morale, et je n’aime pas ça. C’est toujours banal, et souvent sans intérêt. C’est à chacun d’agir selon sa conscience. Ca dépend des gens, des circonstances. O : - Bon, on oublie la morale. En réalité j’ai enregistré, mais je fais comme si je n’avais pas entendu (elle rit). Qu’est-ce qui vous le plus emballé dans le vaisseau ? La possibilité de changer le Monde ? M : - Franchement, non. Aïe, je sens que certains de vos lecteurs vont être déçus. On rêve de changer le Monde, mais ce sont des choses plus personnelles, qui, je crois, vous poussent vraiment en avant. Comme l’envie de voir des choses neuves. Je voulais voir des gens, des peuples différents, voir des horizons nouveaux. Voilà ce qui m’emballait vraiment. Dès le début, je veux dire. Dès les Brisants. O : - Ca casse un peu votre image… M : - Ca ne casse rien du tout. Si l’image est fausse, ça rectifie. Et ce que je dis n’est pas méchant pour la jeune Marine Magellan. Enfin, je trouve. C’était une gamine perdue dans un grand vaisseau, vous savez. Pas cette pasionaria que certains décrivent aujourd’hui. J’étais juste une gamine, comme Rose l’a décrite. Je ne rêvais pas de révolution, je rêvais de trucs de gosse. Je n’avais rien d’exceptionnelle. Vraiment, je ne dis pas ça par fausse modestie. O : - Quand même, vos anciens compagnons disent que vous étiez courageuse. M : - Bon, s’ils le disent. (Elle réfléchit puis son regard se brouille, devient brillant, humide. Elle se redresse, a du mal à parler). Heu… Je crois… Vous savez, ce n’était pas toujours facile. Il fallait être courageuse, je n’avais pas le choix. Il fallait être dure avec moi, c’était comme ça. Mais des fois, le soir dans ma cabine, ce n’était pas facile… O : - Pourquoi ? Pourquoi le fallait-il ? M : - Parce que c’était comme ça. Je ne devais pas décevoir. Et n’oubliez pas un truc : je devais revoir mon père. Mon père avait monté une opération militaire pour venir me chercher. Je ne devais décevoir personne. Et puis j’avais appris à m’endurcir. Maintenant, je suis moins dure, plus émotive, je crois. Tenez, là, ça m’énerve. Avec vos questions, vous me poussez dans des retranchements ! O : - Désolé. M : - Non, vous n’êtes pas désolé, c’est ce que vous cherchiez ! O : - Je ne suis pas sadique...Pardon si… M : - Je sais, c’est moi qui suis désolée. Si j’ai accepté ces entretiens, c’est aussi à cause de cela. Vos questions permettent de rétablir certaines vérités, de corriger certaines idées fausses. O : - Parlons des Abysses, alors. M : - Non, attendez, je vais répondre. Il fallait être courageuse, parce que j’avais de la chance, cette chance dont je parlais. On m’avait tirée de ce couvent, j’avais trouvé des amis, j’étais sur la piste de ma famille. J’étais sur le chemin de mes rêves, vous comprenez ? Quand on vous donne une petite chance d’y arriver, alors vous devez la saisir à bras le corps. On m’avait tendu une corde, alors je devais mettre toute mon énergie à y grimper. C’était la moindre des choses. C’était une dette envers le Monde, je ne sais pas si je suis très claire… O : - Je vous comprends. Il n’y a pas que la chance qui compte pour réaliser ses rêves. M : - A un moment peut-être, il y a la chance. Ensuite, c’est à vous. Et quand vous avez treize ans, et qu’au bout de vos rêves il y a la famille que vous attendez, des pays mystérieux, des idéaux à hisser comme un drapeau, vous prenez tout cela très, très à cœur. Vous ne lésinez pas sur les moyens. Alors oui, vous êtes courageuse, peut-être. O : - Je crois que vous êtes modeste, aussi. M : - Vous posez des questions ou vous me faites un test de personnalité ? (elle rit). Vous voulez que je vous parle des Abysses, non ? O : - Pas des Abysses. De vous dans les Abysses. M : - Décidément, on n’en sort pas ! Encore moi ! O : - Quelles étaient vos impressions dans les Abysses ? M : - J’étais inquiète, bien sûr. Tout faisait peur dans les Abysses. Le manque de luminosité, les dangers inconnus, l’éloignement de toute planète civilisée. Les Mines de Matière Noire étaient très inquiétantes. Même les gens, comme Black Moon, étaient terrifiants. Mais surtout, il y avait des événements préoccupants, qui nous mettaient les nerfs à vif : la santé d’Orca se dégradait, et c’est là aussi que j’ai compris que les Puissances en voulaient à notre peau. Et que pour cela, elles avaient mis le paquet. Il y avait tout un tas de monde à nos trousses. J’ai de très mauvais souvenirs des Abysses. O : - L’arrivée dans les Nouveaux Rivages a été un soulagement alors ? M : - Ca a été d’abord une grande explosion de lumière ! J’étais vraiment heureuse de retrouver des planètes baignées de lumière ! En plus Curaçao est bleue, c’était extra ! Bien sûr, il y avait beaucoup de dangers autour de nous, mais j’avais l’impression d’être arrivée au bout du tunnel ! O : - La mort d’Orca s’éloignait ? M : - Voilà. Elle s’éloignait, et elle avait servi à quelque chose. Et puis les Nouveaux Rivages, c’était le pays de ma mère. Je quittais mon père pour me rapprocher de ma mère, même si je savais qu’elle n’était plus de ce monde. J’étais un peu euphorique en arrivant dans les Nouveaux Rivages. J’étais à la barre du vaisseau, et j’étais accaparée par ma quête. Je sentais qu’on était aux portes de l’Eldorado. On touchait au but – je ne savais pas que le chemin serait encore aussi long jusqu’à l’Oeil bleu, et après… O : - Il y avait quand même des sacrés ennemis à vos trousses. Razor, et Skykiller. Parlez-moi de Razor… M : - Razor ! Je n’ai pas grand chose à dire de lui. C’était un sombre personnage, tout ce que je déteste. Je ne parle pas de son physique – mais quand même, il fallait s’accrocher pour le regarder en face ! – mais de son esprit tordu. C’était vraiment un tordu ! Il s’était lui-même baptisé « le Boucher ». Il était orgueilleux, ambitieux au point que John l’avait appelé la « bonne » de Skykiller sur Krystal 7, vous vous rappelez ? Ca ne l’avait même pas touché. Il n’avait même pas d’amour propre. Son ambition, la réalisation de ses fantasmes cruels passaient avant tout. Je crois que c’est le pire personnage que j’aie rencontré cette année-là. Vous avez l’air surpris… O : - Je ne suis pas surpris, je suis estomaqué ! J’aurais parié que vous me diriez ça de Skykiller ! M : - Et bien voilà une idée fausse qui passe à la trappe ! O : - Mais Skykiller ? M : - Bon, Skykiller c’est très compliqué. Razor, c’est la bêtise et la cruauté, terminé. C’est vite classé. Il n’était pas très intelligent, d’ailleurs, je crois. Skykiller était beaucoup plus malin. O : - Ne me dites pas que vous l’avez admiré ? M : - Non, quand même pas ! Mais il avait un côté fascinant. Il était si convaincu de faire bien le mal que c’en était fascinant ! Son sens de l’horreur était fascinant. Je n’arrivais pas à croire qu’un tel être pût exister ! Bon, mais attention, je vous parle de cela avec du recul. A l’époque, ce n’était que des sentiments diffus, je n’analysais pas ce que je ressentais. Mais je crois que ça ressemblait à ce que je vous dis. O : - Mais c’était quand même un personnage horrible. M : - Oui, et pathétique aussi. Je vois à votre tête que vous êtes vraiment surpris. Je ne prends pas sa défense. Ou si, peut-être un peu. Je sais les crimes qu’il a commis, les choses impardonnables qu’il a faites, les tortures et les atrocités dont il est l’auteur. Je sais aussi ce qu’il avait essayé de faire à ma mère. Mais ce que je veux dire, c’est qu’à l’inverse de Razor, qui faisait le mal en étant très bien dans sa peau, Skykiller était lui-même un être extrêmement torturé. C’était une sorte de psychopathe. Une bête qui savait ce qu’elle était. Et lorsque Rose l’a provoqué, l’a mis face à son passé sur Libertalia, on a tous senti cette tension en lui, cet écartèlement qui le rendait fou, qui renforçait sa rage, son envie de détruire, de faire mal, d’engendrer de la douleur et de la destruction. Les actes de Skykiller étaient à l’image de ses tourments intérieurs. Je crois que s’il y a un enfer, Skykiller nous donne une assez bonne image de ce qu’il peut être. En fait, je crois que l’enfer est Skykiller. Et donc que l’enfer est partie intégrante de l’humanité. Ouf, vous voyez, on va loin avec Skykiller. Aux tréfonds de l’horreur. O : - Skykiller était une Symbiose, il n’était plus humain. M : - Si, il était humain. C’est ce que j’ai compris par la suite. Sa queue, sa langue, son sang de varan, sa force démesurée, ses sens aiguisés, tout cela n’était rien d’autre qu’une panoplie. Ca nous arrange de le considérer comme un monstre non humain. Mais c’était un humain. C’est ce que j’ai compris deux ans plus tard, quand je suis tombée dans le traquenard. C’était un humain, et il portait en lui les horreurs de l’humanité. C’est peut-être pour cela que je dis qu’il était fascinant. Lui aussi était comme un miroir. Un miroir déformé, comme tordu par les flammes qui le consumaient, mais un miroir quand même. Et la vague chose qui ressemble de loin à un humain, c’était peut-être un infime, minuscule espoir de le voir un jour se racheter. O : - Je suis médusé ! M : - Je vois ça. Je n’avais jamais parlé de Skykiller comme ça. Peut-être ai-je dit des choses idiotes, mais je les ai dites. C’est trop facile de tout simplifier. O : - Finalement, malgré Skykiller, vous avez trouvé l’Oeil bleu… M : - Oui, et c’était particulier. Au moment où on le trouvait, où il révélait la Vision, on savait que ce n’était qu’un début. D’habitude, quand vous trouvez un trésor, c’est un aboutissement. Mais là, c’était un commencement. Une naissance et un aboutissement. Tiens, on a pas déjà parlé de ça ? O : - Si, il y a deux jours. M : - Décidément, rien n’est jamais simple, tout se croise tout le temps ! C’est comme ça que le monde tourne ! O : - C’est la moralité de cette histoire ? M : - Il n’y a pas de moralité, c’est ce que ça signifie. Il y a des vérités, qui tendent vers une même direction. Nous suivons chacun des chemins, chacun des vérités. O : - Ah bon ? Il n’y pas de sens alors, pas de direction ? M : - Je crois que si. Au final, nous sommes de la même espèce, même les saints, même les Skykiller, et nous allons, chacun à notre vitesse, dans la même direction. Il y a quelques exceptions, comme les Razor, mais les Razor, comme disait ma mère, sont minoritaires. Le problème, c’est qu’ils sont très doués pour bien se placer. O : - Et quelle est la direction ? M : - La direction ? C’est celle de nos aspirations, nos plus hautes aspirations. Quand on les écoute, elles vibrent sur le même ton. Faut-il encore tendre suffisamment l’oreille. Mais on s’égare encore, là… On n’est plus du tout dans l’année de mes treize ans… O : - On est à là fin de l’entretien, c’est pour ça. Il nous reste moins de trois minutes. M : - Je ne suis pas à une minute près, quoi qu’en disent mes collaborateurs ici. De quoi on parle pour finir ? O : - Vous rappelez-vous bien de vous dans ce vaisseau, en 4013, à douze ans et demi ? M : - Oui, quand même, je n’ai pas soixante-dix ans ! O : - Si vous pouviez la rencontrer maintenant, la voir en face de vous, lui serrer la main, cette fille de douze ans et demi.... Est-ce que vous pensez qu’elle serait contente de voir ce qu’elle est devenue ? M : - Oh la la, encore une question tarabiscotée (sourire) ! Bon… (elle se concentre). Si elle me voyait là, avec vous, bavarde comme une pie, elle me dirait de la fermer un peu. Non, elle ne le dirait peut-être pas, mais elle le penserait assez fort pour que je l’entende, elle utilisait souvent cette méthode. Mais je ne suis pas toujours comme ça, à parler dans le vide, c’est à cause de vous ! En fait, je suis rarement comme ça. C’est quand je suis ici, quand je dois rencontrer des tas de gens. Sur la côte ouest, je ne suis pas comme ça. Et à la barre de l’Epaulard, encore moins. Si elle me voyait à la barre de l’Epaulard, si elle me voyait appareiller, comme je vais le faire demain, alors là, oui, je crois qu’elle serait satisfaite, cette gamine. Et si elle savait que ce n’est pas pour la guerre, qu’il n’y a plus de grandes batailles et d’abordages, alors elle serait encore plus satisfaite. O : - Mais vous n’êtes plus une pirate… M : - Ca, c’est ce que vous croyez ! C’est à cause d l’image que les médias donnent de moi. Cette image, ils la bâtissent ici. Ils ne connaissent pas mon autre facette, parce que dans mon Epaulard, je n’ai besoin de personne d’autre que de mes compagnons d’aventure, je ne veux pas d’un journaliste ou d’un mouchard holo ! Je veux être libre ! Je passe l’essentiel de mon temps à voyager, vous savez ! Quatre-vingt-dix pour cent de mon temps, en gros. Ici, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, la moins intéressante. C’est mon côté « relations publiques » (elle rit). O : - Au fond, à la barre de l’Epaulard, vous n’avez pas tellement changé, c’est ce que vous voulez dire ? M : - On change en surface, pas en profondeur. On apprend des choses, mais le socle est le même. Demandez à mes compagnons, ils vous diront que je n’ai pas trop changé. On aime l’action, rigoler ensemble, remplir des missions impossibles, dans des contrées dont ici personne ne connaît le nom, avec des êtres qui n’ont jamais entendu parler de moi. Là, je suis moi. Et puis j’ai vingt-cinq ans, je ne suis pas encore trop vieille, si ? Non ? Ouf. A bord de l’Epaulard, je suis celle que vous avez connue en lisant l’histoire de Rose. Ou presque. Je suis très proche de la Marine qui a quitté Tige, sur Libertalia. Voilà, les gens ne me connaissent pas comme ça, du moins la majorité des gens. Ceux qui comptent savent. C’est pour ça que vous êtes ici, il faut rectifier un peu cette image. Peut-être que je ferai une exception et que je vous embarquerai un jour… Vous observerez et vous ne poserez pas de questions. Vous y arriverez ? O : - Si c’est pour suivre le capitaine Marine Magellan, je suis prêt à me couper la langue. M : - Ne dites pas cela, parce qu’à la barre de l’Epaulard, je suis encore pirate ! Et vous ne savez pas de quoi sont capables les pirates ! Avec eux, on peut s’attendre à tout. Vraiment à tout ! |
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